20-05-2015 : L'État islamique s'empare de Palmyre.

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jacknap1948
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20-05-2015 : L'État islamique s'empare de Palmyre.

Messagepar jacknap1948 » Dim Mai 20, 2018 7:18 am

20 mai 2015 : L'État islamique s'empare de Palmyre.


Située sur une route caravanière à mi-chemin entre la Méditerranée et l'Euphrate, Palmyre a su profiter pendant deux millénaires de cet emplacement idéal pour rayonner sur le Proche-Orient.

La cité antique, au coeur de la Syrie, a été très gravement meurtrie par les combattants de l'État islamique (Daech) du 20 mai 2015 au 27 mars 2016 et à nouveau depuis le retour des djihadistes à l'automne 2016.

Comme les dirigeants wahhabites de l'Arabie séoudite, qui furent leurs protecteurs et leurs alliés avant de les combattre, ces fanatiques nient tout valeur au patrimoine architectural et artistique, même religieux.

Ils n'ont pas plus de scrupule à détruire les temples de Palmyre que les Séoudiens n'en ont eu, ces dernières années, à raser les vestiges de l'époque du Prophète, à Médine et La Mecque...


L'horreur en marche

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Petit temple de Baal (I° siècle, Palmyre, Syrie), photo : Gérard Grégor, 2009

Le petit temple de Baal-Shamin était un des endroits les plus charmants de la cité antique de Palmyre.

Construit à partir de l'an 17 après J.-C., il était dédié au dieu des Cieux, maître de la pluie et de la fécondité.

La présence d'un arbre qui avait trouvé refuge à l'intérieur de sa cella (cour intérieure) en faisait un lieu à part au milieu des ruines brûlantes.

En août 2015, quelques jours après l'odieux assassinat du directeur du site, Khaled al-Assaad (82 ans), l'État Islamique a dynamité cette cella et abattu les colonnes qui l'entourent.

Avec ce petit temple paisible c'est une partie de notre propre histoire qui vient de disparaître.

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Le temple de Baal-Shamin à Palmyre, avant sa destruction par l'État islamique, en août 2015 (DR)


À la croisée des chemins

À l'origine de Palmyre, il y a l'eau. Ici ce sont les sources souterraines qui ont permis aux premiers habitants, 2.000 ans av. J.-C., de s'installer au milieu du désert de Syrie.

L'endroit présente un autre avantage, considérable : l'oasis se situe sur l'axe Méditerranée-Euphrate et devient donc un relais privilégié pour les caravanes. « Port du désert », elle s'enrichit des taxes qui frappent les produits de passage dans ses murs.

Vers l'an 1000 av. J.-C., les Araméens, ayant choisi de se sédentariser, s'installent dans cette oasis qu'ils appellent Tadmor. C'est sous ce nom qu'elle est citée dans la Bible.

Les Romains, plus tard, convoitent ses richesses. Mais en 41 av. J.-C., lorsque le général Marc Antoine entre dans la ville, sa déception est grande : les habitants ont fui, emportant avec eux tous leurs biens précieux !

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Le tétrapyle (Palmyre, Syrie), photo : Gérard Grégor, 2009

En 17 av. J.-C. enfin, l'empereur Auguste oblige la rebelle à faire allégeance à Rome tout en lui laissant une large autonomie.

Tibère scelle son entrée dans l'Empire avec la construction sur quatre hectares d'un imposant temple en l'honneur du dieu Bêl, version locale du dieu Mardouk de Babylone.

Avec les années, la cité mérite d'accueillir les empereurs romains. Hadrien y fait étape lors d'un grand voyage dans ses provinces orientales, en 129 ap. J.-C.

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Colonnade (IIe siècle, Palmyre, Syrie), photo : Gérard Grégor, 2009


Palmyra Hadriana

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Plafond du temple de Bêl (I° siècle, Palmyre, Syrie), photo : Gérard Grégor, 2009

Partenaire à la fois de Rome à l'ouest et des Parthes à l'est, Palmyre devient une grande puissance commerciale.

Elle connaît une prospérité exceptionnelle à laquelle peu d'autres villes de la région peuvent prétendre, à l'exception de Pétra, plus au sud, la cité caravanière des Nabatéens.

Ses « nouveaux riches », de souche araméenne, adoptent le modèle politique et culturel de l'Empire, latinisent leur nom et reçoivent des titres honorifiques romains tout en conservant leur mode de vie oriental.

Ils couvrent la ville de monuments, de temples et de tombeaux grandioses d'inspiration hellénistique, le long de sa grandiose colonnade.

Palmyre devient un incontournable horizon pour tous les Orientaux qui veulent réussir dans le commerce.

Les caravaniers savent qu'ils y trouveront non seulement guides et chameaux, mais aussi une escorte pour les accompagner sur leur route.

Certes, leurs marchandises y sont taxées à 25 % de leur valeur, mais la sécurité n'a pas de prix !


Les années folles de Zénobie

La ville est érigée en colonie sous le règne de Caracalla, au début du IIIe siècle. Mais cet âge d'or arrive à son terme.

Au milieu du III° siècle, les Perses sassanides passent à l'attaque et fragilisent les routes commerciales.

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Le petit temple de Baal (Palmyre, Syrie), photo : Gérard Grégor, 2009

Un patricien, Septimius Odenath, reçoit de l'empereur Gallien mission de défendre l'Orient romain contre ces perturbateurs.

Il s'acquitte avec succès de sa tâche et remporte des victoires éclatantes sur les Perses jusque sous les murs de leur capitale Ctésiphon (au sud de l'actuelle Bagdad.

Comme à Rome le gouvernement s'enlise dans des luttes de pouvoir, le prince commence à prendre de l'autonomie et en vient à gouverner toute l'Asie romaine.

Hélas pour lui, il est assassiné en 268. Sa deuxième épouse Zénobie reprend le pouvoir.

Avec son fils, elle reprend le contrôle de l'Orient romain et étend son autorité jusqu'en Égypte et en Anatolie.

Mais en 272, l'empereur Aurélien frappe de ses foudres la souveraine qui terminera sa carrière comme prisonnière d'honneur, couverte de chaînes d'or, lors du triomphe de son vainqueur.

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Fort arabe du XII° siècle (Palmyre, Syrie), photo : Gérard Grégor

C'est la fin pour Palmyre : la ville est pillée, la population passée par les armes.

Devenue un abri pour la garnison romaine, elle ne reçoit plus comme constructions nouvelles majeures que quelques églises byzantines.

Les Arabes musulmans s'en emparent en 634 et érigent bien plus tard, au XII° siècle, un château, gardien des ruines qu'il surplombe.

Ruinée par un tremblement de terre au XII° siècle, la cité hellénistique sera redécouverte en 1678 par des voyageurs anglais.

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Représentation féminine (III° siècle, musée de Palmyre, Syrie), photo : Gérard Grégor, 2009


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