27-04-1789 : Pillage de la manufacture Réveillon.

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jacknap1948
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27-04-1789 : Pillage de la manufacture Réveillon.

Messagepar jacknap1948 » Ven Avr 27, 2018 7:06 am

27-28 avril 1789 : Pillage de la manufacture Réveillon.


Paris, 28 avril 1789, dans le faubourg Saint-Antoine, à l’ombre de la Bastille, des ouvriers et des désœuvrés investissent la fabrique de papiers peints Réveillon et la mettent au pillage.

La troupe intervient et réprime la manifestation dans le sang, une semaine plus tard, les états généraux se réunissent à Versailles, la Révolution française commence.

André Larané


Libéralisme prématuré

Jean-Baptiste Réveillon dirige une grande manufacture de papiers peints dans la rue de Montreuil, la Folie-Titon, il fournit ainsi de l'emploi à trois cents ouvriers.

Obligé de réduire ses effectifs en raison de la concurrence anglaise induite par le traité de libre-échange Eden-Rayneval (1786), il a octroyé une allocation chômage à ceux dont il a dû se séparer, cette initiative originale témoigne de ses idées progressistes...

Autre témoignage de son ouverture d'esprit : le 23 avril 1789, il suggère au gouvernement du roi Louis XVI de supprimer les octrois, taxes prélevées sur les marchandises à l’entrée dans la capitale.

Cette mesure devrait faire baisser les prix des biens de consommation courante, et si les prix baissent, il deviendra loisible aux employeurs de baisser aussi les salaires de leurs ouvriers. CQFD, la proposition est reprise par un fabricant de salpêtre, Henriot.

Mais cet argumentaire libéral d’avant-garde, diffusé dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel, où travaillent une quarantaine de milliers d'ouvriers, artisans et compagnons, n’a pas l’heur de plaire à la population laborieuse qui n'en retient que la menace d'une baisse de salaire.

[img(631px,851px)]https://www.herodote.net/_images/reveillon.jpg[/img]
Le pillage de la manufacture Réveillon (28 avril 1789), gravure du XIXe siècle

Ce petit peuple est irrité par ailleurs de n'avoir pas été autorisé à participer aux élections aux états généraux, qui doivent se réunir à Versailles au début mai.

Des manifestations spontanées se forment ça et là, les effigies de Réveillon et Henriot sont brûlées dans la nuit du 26 au 27 avril en place de Grève, devant l'Hôtel de ville, aux cris de « Mort aux accapareurs ! Le pain à deux sous ! ». La maison de Réveillon est pillée.

Le lendemain, plusieurs milliers de personnes investissent la manufacture Réveillon, sous la surveillance de quelques troupes, gardes françaises, gendarmes à cheval, cavaliers du Royal Cravates.

En soirée, comme les troupes doivent s'écarter pour faire de la place au carrosse du duc d'Orléans, la foule en profite pour entrer dans la manufacture et la mettre au pillage. Tout est saccagé et brûlé.

Là-dessus intervient la troupe. C’est l’affrontement. Avec douze morts parmi les forces de l’ordre et au moins une centaine parmi les émeutiers, la journée s’avère plus meurtrière que toutes celles qui suivront (si l’on met à part les exécutions de masse à Paris et en province pendant la Grande Terreur).


Violence populaire, violence d'État

Le pillage sanglant de la manufacture Réveillon constitue un prélude à la Révolution.

Moins de trois mois plus tard, les habitants du quartier, encore échaudés par son souvenir, s’en prendront de la même façon à la Bastille…

Est-il pour autant légitime de présenter la Révolution comme violente du début à la fin ?

En 1789, devant l’entreprise Réveillon comme devant la Bastille, on a affaire à des émeutes populaires comme tous les régimes en ont connu.

Le pouvoir, dans ces situations, fait son devoir. Il rétablit l’ordre, de façon diversement brutale, il est vrai.

Il en va ainsi encore en 1790 et jusqu’au 2 septembre 1792.

C’est seulement à cette date, avec l’appel du ministre Danton à massacrer les prisonniers, que le pouvoir sort de son rôle légitime et devient lui-même un causeur de troubles.

La violence d’État à laquelle est associée la Révolution, dans la mémoire historique, débute à cette date et s’achèvera après l’exécution de Robespierre et de ses affidés, le 27 juillet 1794 (10 thermidor An II).

Elle aura duré près de deux ans.


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