8-02-1250 : Saint Louis capturé à la Mansourah.

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jacknap1948
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8-02-1250 : Saint Louis capturé à la Mansourah.

Messagepar jacknap1948 » Jeu Fév 08, 2018 11:09 am

8 février 1250 : Saint Louis capturé à la Mansourah.


Parti dix-huit mois plus tôt d'Aigues-Mortes pour une septième croisade, le roi Louis IX (futur Saint Louis) est capturé le 8 février 1250 par les troupes du sultan d'Égypte. L'expédition avait pourtant bien commencée...

Le roi capétien, principal souverain de la chrétienté, va dès lors rester pas moins de six ans en Égypte et en Terre sainte. Il va en revenir transformé.

André Larané


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Louis IX part pour la septième croisade en 1248 (miniature du XVe siècle, British Library, Londres)


La croisade envers et contre tout

La septième croisade, souhaitée par le pape Innocent IV, fait suite à la reprise de Jérusalem par les Turcs le 23 août 1244 et à la défaite des Francs de Palestine devant les Égyptiens et les Turcs à Gaza le 17 octobre 1244. Après près d'un siècle et demi d'existence, les États francs de Terre sainte sont menacés d'anéantissement.

Or, en décembre de la même année, le roi Louis IX (30 ans) est victime d'une dysenterie aigüe. Près de mourir, il réchappe miraculeusement de la maladie et fait aussitôt voeu de se croiser. Ses proches tentent de l'en dissuader mais en vain.

Le roi, qui, depuis deux ou trois ans à peine, assumait à part entière la charge du pouvoir, se prépare donc à un voyage qu'il souhaite bref.

Dans un geste hautement politique, il met de l'ordre dans le royaume en lançant une grande campagne d'enquêtes. Dès 1247, des enquêteurs se rendent deux par deux dans tous les baillages et sénéchaussées du domaine royal, de la Picardie au bas-Languedoc, en vue de recueillir les doléances des habitants contre les officiers du roi.

Lui-même s'engage à réparer les torts qui ont pu être faits aux uns et aux autres. Près d'une famille sur deux cent cinquante est interrogée et plus de dix mille doléances sont ainsi enregistrées et traitées.

C'est une entreprise sans précédent et qui, très audacieuse, ne sera jamais renouvelée.

Le roi, en bon chrétien, apaise de la sorte sa conscience mais aussi réalise une opération de communication magistrale qui va garantir pour plusieurs siècles l'attachement du peuple à la monarchie, garante de ses droits face à l'arbitraire de l'administration et de la noblesse.

D'un point de vue plus pratique, Louis IX fonde un port artificiel sur la seule partie du littoral méditerranéen qui appartient au domaine royal et relève de l'administration directe du roi. C'est Aigues-Mortes, à l'ouest du delta du Rhône.

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Eudes de Châteauroux prêche la septième croisade (miniature du XVe siècle, BNF)

Le 12 juin 1248, enfin, Louis IX va quérir dans l'abbatiale de Saint-Denis l'oriflamme rouge qui accompagne les rois capétiens dans toutes les grandes occasions. Puis il fait ses adieux à sa mère, Blanche de Castille, après lui avoir confié le gouvernement du royaume. «Beau fils, je ne vous verrai plus en cette vie...», confie-t-elle.

Le 25 août 1248, le roi, accompagné de sa femme Marguerite de Provence, s'embarque à Aigues-Mortes avec les plus grands seigneurs de France : Raymond VII de Toulouse ; Pierre Mauclerc, comte de Bretagne ; Hugues de Lusignan, comte de la Marche ; Guillaume de Dampierre, Ferrand, comte de Flandre... et plus de vingt mille hommes.

L'expédition accoste le 17 septembre 1248 au sud de Chypre, principauté féodale dirigée depuis un demi-siècle par la famille des Lusignan. Elle hiverne en préparant la suite de la campagne, avec un objectif que le roi garde secret.

Il envisage de débarquer non pas en Terre sainte où l'attend l'ennemi mais dans le delta du Nil, en vue d'abattre le sultanat ayyoubide fondé par Saladin, principale menace des États francs du Levant.

Le Moyen-Orient est en ce XIIIe siècle gravement affecté par l'invasion mongole, bien plus menaçante que la croisade. Justement, à Nicosie, le roi de France reçoit des émissaires du grand khan mongol, successeur de Gengis Khan, qui lui propose rien moins qu'une alliance contre les Abbassides de Bagdad et les Ayyoubides du Caire.

Intrigué, le roi envoie néanmoins le dominicain André de Longjumeau en ambassade auprès du grand khan afin de sonder ses intentions. Il renouvelle un peu plus tard la tentative avec le franciscain Guillaume de Rubrouck.

L'improbable alliance, en définitive, ne se fera pas. Ses plénipotentiaires auront eu moins de chance que Marco Polo, quelques années plus tard...

Au printemps, l'expédition reprend la mer et accoste près de Damiette, un port sur le delta du Nil. Elle s'empare sans difficulté de la ville le 8 juin 1249 et s'y établit solidement. Le roi décide là-dessus, sur les conseils de son frère Robert d'Artois, de marcher sur Le Caire.


Une défaite imméritée

L'armée se met en route le 20 novembre 1249 en suivant le Nil et arrive devant la forteresse d'el-Mansourah (le Champ de la victoire en arabe), qui barre la route du Caire. Il s'ensuit une longue guerre de position.

Enfin, le 8 février 1250, grâce aux renseignements d'un bédouin, les Français arrivent à franchir le gué qui les sépare de la citadelle.

L'armée du sultan, composée d'esclaves mercenaires appelés mamelouks, est refoulée dans la citadelle. L'émir Kahreddin, qui les commande, est tué et remplacé par l'énergique chef des mamelouks, Baïbars l'Arbalétrier.

Image
Baibars (ou Baybars), mamelouk turc (Gravure persane).

L'avantage est aux Français. Mais le 11 février, leur avant-garde, commandée par Robert d'Artois, frère du roi, s'aventure imprudemment à l'intérieur de la citadelle où elle est à son tour taillée en pièces. Parmi les victimes, plus de deux cents Templiers et le comte d'Artois lui-même ! Louis IX échoue à les secourir.

Le 5 avril 1250, il organise le repli sur Damiette de ses troupes restantes, soit douze mille hommes, avant qu'elles ne soient bloquées par la crue et décimées par la famine et l'épidémie. Les blessés sont évacués par le fleuve. Le roi lui-même, bien qu'épuisé, refuse de partir par le fleuve comme le lui demande son frère Charles d'Anjou.

Mais avant que l'évacuation ait pu être achevée, il est capturé par les mamelouks, ainsi que 1200 de ses hommes.

Son vainqueur, Baïbars, n'en reste pas là. Fort de son succès, le 2 mai 1250, il fait assassiner le sultan ayyoubide. Sa dynastie, se substituant à celle de Saladin, règnera sur l'Égypte jusqu'à la conquête par le sultan turc Sélim 1er en 1517.


Illusions levantines

Malade, captif mais déterminé à résister, Louis IX confie à son épouse Marguerite de Provence, demeurée à Damiette, le soin de négocier sa libération avec le nouvel homme fort de l'Égypte.

Au bout d'un mois seulement, le 6 mai 1250, le roi et la plupart de ses hommes sont en définitive libérés contre une rançon de 200.000 livres et bien sûr l'évacuation de Damiette.

Le roi ne revient pas pour autant dans son royaume. Désolé de n'avoir pu mener à bien sa croisade, il choisit de débarquer à Saint-Jean d'Acre le 13 mai 1250 et dès lors va s'atteler à la restauration des États francs de Palestine ou de ce qui en reste, à savoir une bande littorale de Saint-Jean d'Acre à Antioche.

Ses travaux de fortification des ports, en particulier, vont permettre aux Francs de résister encore jusqu'en 1291 aux assauts des Turcs. Mais la mort de sa mère Blanche de Castille, le 27 novembre 1252, dans son abbaye de Maubuisson, l'oblige à rentrer enfin chez lui après six ans d'absence.

C'est un homme profondément transformé qui prend les rênes du royaume. Il est désormais tout entier voué à sa mission de roi chrétien, qui lui vaudra la sainteté.


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